Auteurs lauréats 2010

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CRL

Les auteurs boursiers lauréats 2010 sont : Mouloud Akkouche (docu-fiction),  Agnès Birebent (poésie), Cédric Demangeot (poésie), Claire Garralon (littérature de jeunesse), Yoël Jimenez (fable illustrée), Hervé Jubert (roman historique), Cyrille Pomes (bande dessinée), Anne-Christine Tinel (roman), et Emmanuelle Urien (roman).

Mouloud Akkouche

Mouloud Akkouche

Mouloud Akkouche

Naît en 1962 à Montreuil dans la banlieue parisienne. Titulaire d’un BEPC en 1976, il enchaîne ensuite les petits boulots mais découvre aussi la littérature grâce à la bibliothèque municipale de Montreuil, à laquelle il rend hommage. Le monde de la banlieue lui est évidemment familier et il sait explorer son territoire mieux que personne pour en nourrir ses livres.

Après Causse toujours ! (Editions Baleine, collection Le Poulpe, 1997), il écrit les romans noirs qui le feront connaître et invente le personnage de Nassima Benarous. Aujourd’hui auteur d’une dizaine de romans, de nouvelles, de scenarii (courts et longs métrages), il anime aussi des ateliers d’écriture, écrit des chroniques, des textes pour des catalogues d’art contemporain et de nombreuses pièces radiophoniques pour France Inter et France Culture.

Attaché à ses origines populaires, il garde les pieds bien sur terre et considère son travail d’écrivain comme un artisanat. L’écriture efficace de « ce spécialiste du trouble identitaire » (L. Germain, Sud Ouest Dimanche, Décembre 2006) dénonce les paradoxes de la société dans laquelle nous vivons. Doué d’un sens du détail, il ne cherche pas à gommer les contradictions de ses personnages mais sait les conduire jusqu’à des dénouements toujours surprenants. Le récit auquel il travaille s’intégrera à un ouvrage collectif auquel participent de nombreux intervenants (psychiatres, sociologues, journalistes, urbanistes, etc.). Il portera sur la notion de banlieue et de périphérie, avec comme objectif de trouver un équilibre entre la saisie intime des choses et leur mise à distance. Bref l’enjeu pour Mouloud Akkouche est de continuer à être « un écrivain dans « son » monde mais dans « le » monde aussi » (La Dépêche, Juillet 2002).

Photo de Claude Mesplède

Agnès Birebent

Agnès Birebent

Agnès Birebent

Née en 1979, Agnès Birebent n’en est plus à ses premiers pas en littérature. Après des études d’arts plastiques et une série de performances à la Cave Poésie de Toulouse, elle devient traductrice de littérature roumaine. Elle s’illustre aussi dans diverses expositions et, après une collaboration aux revues Multiples et Encres Vives, elle publie entre autres un recueil de poèmes accompagné de photographies : 20 espaces pour ton apparition (2006, éd. Etant donnés).

Lauréate en 2009 du prix de la vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet, elle obtient la publication de son recueil Anticorps chez l’éditeur Cheyne. Sa vocation poétique se traduit aussi par de nombreuses collaborations avec Serge Pey (poète, performeur et fondateur entre autres du Festival de Poésie Directe).

Influencée par de nombreux écrivains, tels Simone de Beauvoir avec L’invitée ou Alain Robbe-Grillet avec Jalousie, c’est dans le sillage du Ravissement de Lol V Stein de Marguerite Duras qu’elle décide de marcher pour son futur roman-poème auquel elle donnera une forme épistolaire. A la recherche « d’un point de souffrance », elle voit ce nouveau travail comme une extension d’Anticorps, une confrontation douloureuse avec les méandres de la psyché humaine.

Cédric Demangeot

Né à Tours en 1974, Cédric Demangeot qui vit aujourd’hui dans l’Ariège élabore depuis plusieurs années une œuvre poétique à la fois singulière et diverse.  Il a dirigé de 2001 à 2005 la revue Mauriturus et s’occupe depuis 2003 des éditions Fissile. Aidé notamment par des bourses du CRL et du CNL, il a publié une dizaine de livres de poésie en vers et en prose mais également des essais critiques et des traductions en collaboration. Deux de ses textes en vers, Ravachol et Philoctète (2006 et 2008, éditions Barre Parallèle), ont été adaptés au théâtre.

Actuellement il travaille à deux projets distincts. Le premier est un ensemble de poèmes dans la lignée de l’Eléplégie, il le considère comme la dernière étape d’un cycle de poésie politique qui évite le piège du militantisme mais cherche à manifester le lien qui unit poésie, histoire et politique. Le second est une pièce de théâtre qui s’articule autour des thèmes de la mort, l’amour et la haine, la lumière et l’obscurité ; Pièce versifiée écrite en réaction aux pièges d’une civilisation aux vérités totalisantes.

La poésie de Cédric Demangeot est « une poésie violente et impétueuse », qui joue sur la césure, le rythme et la respiration dont il parle, liant ainsi habilement le fond et la forme pour mieux entraîner le lecteur dans son tourbillon.

Claire Garralon

Claire Garralon

Claire Garralon

Lorsque nous grandissons, nous laissons derrière nous le monde sans tracas de l’enfance, bien souvent à regret… L’illustratrice Claire Garralon ne dirait pas le contraire, elle qui s’adresse à un public d’enfants d’environ 6-7 ans. Peut-être est-ce pour elle le moyen de retrouver un bout de ce temps révolu, mais elle n’en est pas moins adulte et ses créations n’ont rien d’hasardeux. D’ailleurs, si elle s’attaque aux géants des contes qu’elle illustre ou écrit, elle s’attaque également à des figures cultes de la vie réelle, qu’il s’agisse de Serge Gainsbourg avec Les p’tits papiers ou d’Olivia Ruiz avec J’traîne des pieds.

Adepte d’une démarche artistique qui ne se veut pas figée mais en constante évolution, Claire Garralon cherche toujours comment faire mieux, plus approprié, plus ludique, plus pédagogique aussi, avec l’ambition de transmettre des messages simples et clairs tout en pratiquant une écriture poétique et non moralisatrice. Les techniques mixtes (dessins, collages, crayons…) ne volent pas sa place au texte, mais le traitement graphique décalé, l’humour et l’expressivité à travers des formes simplifiées et symboliques permettent de puissantes suggestions et éveillent l’enfant au monde qui l’entoure.

Si elle a publié plusieurs ouvrages, dans différentes maisons d’éditions, et participe à des Salons, son but est également de « présenter des pistes intéressantes d’exploitations pour les professionnels de la petite enfance » (scolaires, centres de loisir…). Ses couleurs acidulées, ses textes simples et justes, le fait que « chaque collage raconte une histoire, propose un univers », son travail sur la forme et les matières, plaisent aux grands comme aux petits !

Yoël Jimenez

Yoël Jimenez

Yoël Jimenez

Né en 1973 à Trinidad mais vivant en France depuis 1999, Yoël Jimenez n’a de cesse de développer son œuvre d’artiste plasticien, bien loin de la Havane où il fut diplômé des Beaux Arts. Très éclectique (dessins, gravures, sculptures, peintures,  livres d’artistes, livres objets, ou encore performeur dans les festivals de rue), il compte à son actif une vingtaine d’expositions personnelles et collectives, en France comme à l’étranger.

Après avoir illustré Noir Equateur (2008, éd. de l’Arbre Vengeur) de la Cuadra, où il se tourne vers des paysages ruraux évoqués sur un mode poétique et mythique, nous sentons que ce « migrant cubain » comme il se définit lui-même, ne veut pas en rester là. Les affiches qu’il a réalisées pour certaines manifestations témoignent chez lui d’un goût de la dénonciation, du franc parler et des images marquantes. Il veut faire réagir, mais il ne veut pas, ou plus, le faire seul, et son projet actuel n’est pensé que pour un support édité, de façon à « être diffusé le plus largement possible ».

Sa volonté de faire évoluer son art en corrélation avec le livre est vive, et les gravures qu’il projette d’intégrer à une fable doivent, au-delà de l’illustration, soutenir, développer, voire compléter ce que dit le texte. Voulant encourager la réflexion, il décide « d’utiliser les caractéristiques du livre dans leur totalité ». Il produit une oeuvre qui se veut efficace, en accord avec le rythme de ce qu’il illustre, s’appuyant sur des symboles picturaux logiquement élaborés. En littérature, on pourrait dire que son art, clair et précis, fonctionne sur le mode de la litote : les formes les plus simples sont souvent celles qui marquent le plus les esprits.

Hervé Jubert

Hervé Jubert

Hervé Jubert

Hervé Jubert est né à Reims en 1970 et vit désormais en Midi-Pyrénées. Il a suivi une formation de lettres modernes puis d’histoire de l’art (Ecole du Louvre et Sorbonne). Son domaine de prédilection est la science-fiction, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, jeunes et moins jeunes. D’abord remarqué pour Le Roi sans visage (Le Masque, 1998), il poursuit son chemin avec une trilogie de science-fiction (Sinedeis, 1999 ; In medias res, 2000 ; Erat fatum, 2002, chez J’ai Lu) et un cycle fantastique (Le virus de décembre, La fête électrique, 1999, chez Le Masque) qui le placent dans le courant du steampunk. Puis viennent des romans policiers, un nouveau cycle fantastique (la trilogie des Blanche, chez Albin Michel), deux biographies romancées et des fictions radiophoniques pour France Culture. Créateur de nouveaux univers, Hervé Jubert a désormais une audience internationale.

Même s’il se déclare « fleur bleue et affreusement premier degré », il a pris dans son œuvre le parti du sombre et se plaît à constituer un véritable cabinet des curiosités. L’écriture de ses livres est précédée d’un véritable travail d’enquête, qui lui permet de s’imprégner des univers dans lesquels il plongera son lecteur. C’est particulièrement le cas pour son prochain livre, à la fois roman historique et polar, où il met en scène au début du XIXème siècle l’écrivain Honoré de Balzac aux prises avec une intrigue judiciaire dans une vallée reculée du Tarn. Affaire à suivre…

Cyrille Pomes

Cyrille Pomes Autoportrait 2010

Cyrille Pomes Autoportrait 2010

L’ennui, voilà ce que refuse Cyrille Pomès, d’où déjà plusieurs livres qui se suivent sans se ressembler. Né en 1979, il a depuis toujours le goût pour les histoires et le dessin. En 2002 il obtient le Diplôme National d’Arts Plastiques en option Bande Dessinée aux Beaux Arts d’Angoulême. En 2005, la ville l’accueille à la Maison des Auteurs. Depuis la fin de ses études, il anime des initiations à la BD en centres de loisir, établissements scolaires et bibliothèques, il participe en 2005 comme auteur graphiste à un long métrage d’animation et il compte déjà deux albums à son actif : A la lettre près (Albin Michel, 2005) et Chemins de fer (Emmanuel Proust, 2009 ; Prix « Découverte Midi-Pyrénées » 2009).

Dans sa prochaine BD, il utilise une anecdote émouvante pour inventer un récit humain centré sur un personnage attentif de façon obsessionnelle au comportement d’autrui. Ainsi le lecteur peut prendre part à une véritable enquête sociologique. Le but de Cyrille Pomès n’est pas de donner des réponses mais bien d’amener le lecteur à mesurer la portée de la question posée. C’est donc une approche condensée du monde qu’il nous propose avec la maturité et le recul dont il avait déjà fait preuve dans A la lettre près. Ici et là le dessin cède le pas au récit dans un jeu entre représentation et suggestion. Par rapport à ces deux livres, Chemins de fer est un album à part, plus léger mais graphiquement plus recherché, puisqu’il parvient à associer style rétro et dialogues actuels.

Anne-Christine Tinel

Anne-Christine Tinel

Anne-Christine Tinel

Anne-Christine Tinel s’est installée depuis trois ans en Midi-Pyrénées, après avoir vécu longtemps en Tunisie où, agrégée de lettres, elle a aussi enseigné l’histoire de l’art à l’université. Cofondatrice en 2009 du collectif d’auteurs en région,  Komma, elle a aussi à son actif 17 créations (écriture pour la scène, horizon romanesque et formes plus courtes comme la nouvelle et la poésie). Touche à tout, elle proclame sans hésiter que la notion de « genre constitue un horizon dont [elle] aime voir les frontières se déformer » et, dans son nouveau projet de roman, elle met à nouveau son expérience personnelle au service de sa création et revient sur le thème du voyage en Tunisie. S’agit-il pour autant d’une autobiographie ? Absolument pas. Quand son éditrice Elisabeth Daldoul lui a demandé pour son premier roman un texte qui engage sa relation avec la Tunisie, elle s’est lancée sur une voie qui allie témoignage et fiction avec, au bout du chemin, Tunis, par hasard (2008, éd. Elyzad).

Dans le récit en cours, marqué par un souci de réalisme, elle s’attaque à l’art pictural de Botticelli avec l’histoire de Nastagio degli Onesti, et privilégie une narration mêlant distance et proximité intime, avec en toile de fond la thématique de la disparition. Mélangeant les tons, elle exprime des souffrances susceptibles d’être ressenties par chacun d’entre nous.  Après avoir débuté par des textes pour la scène et des formes courtes, Anne-Christine Tinel écrit la vie, la vraie, celle qui fait souvent mal.

Emmanuelle Urien

Emmanuelle Urien

Emmanuelle Urien

Toujours en chantier, telle est l’oeuvre d’Emmanuelle Urien, née à Angers en 1970 et vivant aujourd’hui à Toulouse. C’est elle-même qui le dit : « je ne connais pas le déroulement des faits que j’écris : je ne sais pas poser une histoire à l’avance… ». Elle évite ainsi les trames narratives classiques et le lecteur ne sait jamais à quoi s’attendre. Traductrice et correctrice, membre de plusieurs jurys de prix littéraires, elle sait combien il faut lutter pour affirmer une vocation d’écrivain, et nous retrouvons ce sentiment de détermination dans ses livres. Cette « possédée de lecture », selon Le Point en 2007, se fait d’abord connaître par ses nouvelles, un genre qu’elle remet au goût du jour, particulièrement avec son troisième recueil, La Collecte des Monstres (2007, Gallimard). Parce que « le bonheur ne se raconte pas », elle se plaît à peindre une humanité chancelante, avec acidité et humour noir, jouant du bizarre et de l’observation quasi-sociologique, et convaincue que rien n’est gratuit.

« Drôle, brillant, glaçant, cruel. On en redemande. » (mai 2007) lit-on dans le Figaro Littéraire. Pourtant Raphaëlle Leyris dans Les Inrockuptibles d’avril 2007, tout en  admirant la performance, lui conseille de se risquer au roman, tout comme son éditeur Gallimard. C’est ainsi que paraît en 2009 Tu devrais voir quelqu’un (Gallimard). Changement radical? Pas vraiment. L’univers d’Emmanuelle Urien reste marqué par la noirceur, la folie et la violence. Du point de vue des techniques narratives, elle ne manque pas non plus de nous prouver à nouveau sa maîtrise de l’art de la chute.

Actuellement elle prépare la suite de ce premier roman, en reprenant le personnage de Fatiha, endurcie par la vie et la trahison, cynique, lucide. Emmanuelle Urien serait-elle féministe ? Elle est en tout cas révoltée et son récit laisse passer un puissant souffle de colère. Cette prise de risque romanesque est donc un pari plein de promesses qui nous fait attendre la suite avec impatience.

Photo de C. Hélie pour Gallimard

Textes écrits en 2010.

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