Auteurs lauréats 2009

Publié le par
CRL

Les auteurs boursiers lauréats 2009 étaient : Max de Carvalho, Cécilia Colombo, Rachel Corenblit, Roxane Duru, Abraham Elishama, Aude Poirot, Francis Pornon et Alexandre Tylski.

Max de Carvalho

Max de Carvalho

Max de Carvalho

Difficile d’être sourd aux sirènes du lyrisme lorsque l’on naît dans un milieu imprégné d’opéra. Pour autant, c’est la poésie que Max de Carvalho a choisie. « Je suis l’autre » disait Nerval au bas de l’un de ses portraits. Rien n’est plus vrai du poète aux origines brésiliennes, pour qui la quête de solitude n’est que le moyen de trouver l’altérité contenue en chacun de nous.

Dans la forêt tarnaise, les chemins foisonnent, et l’on a tôt fait de se perdre. Il en va ainsi de cette oeuvre qui, traversée par les continents, suit les méandres d’une vie préservée plus qu’isolée. Mais ce passeur de la littérature sait aussi transmettre en se jouant des frontières : traducteur féru de poésie lusophone, il est aussi fondateur de la revue La Treizième.

Quitter les foules pour être au plus près de l’Homme grâce au texte, telle est la voie que suit Max de Carvalho. Son prochain recueil, Selans ou le pouvoir d’apprivoisement du petit, ne devrait pas déroger à la règle.

Max de Carvalho © Arfuyen

Cécilia Colombo

Cecilia Colombo

Cecilia Colombo

Pour sa nomination parmi les favoris du prix Marie-Claire, Cécilia Colombo a reçu des encouragements de la part des membres du jury. Ainsi, les débuts de la carrière d’un écrivain ont parfois un air de Sentiers de la gloire  : une guerre perçue comme perdue d’avance dans laquelle on progresse presque à reculons, tant les obstacles paraissent insurmontables. On peut s’y opposer, refuser d’aller se faire massacrer dans « La Fourmilière ». Ou on peut essayer d’y croire : on récolte des encouragements, des récompenses, que certains illustres auteurs ont voulu refuser pour mieux briller, mais qui contribuent qu’on le veuille ou non à la reconnaissance.

Dans ses livres, Cécilia Colombo se confronte à des thématiques qui sont pourtant bien loin des mondanités parisiennes, à l’instar de son premier roman Pripyat qui démine avec talent les pièges du roman engagé. Le journal L’Humanité ne s’y est d’ailleurs pas trompé en saluant les qualités de ce texte, qui montre bien ce qui se cache derrière les apparats d’une situation sous contrôle et d’une science soi-disant triomphante. Parler de la catastrophe de Tchernobyl alors qu’elle a à peine neuf ans au moment de l’explosion de la centrale ukrainienne n’était pas chose aisée. Mais la difficulté s’est transformée en défi, et le livre a été salué par les membres du collectif écologiste « Sortir du nucléaire ».

Alors, entre le magazine Marie-Claire et le journal L’Humanité , grand écart ou éclectisme ? Il n’est pas facile d’être écrivain aujourd’hui, et Cécilia Colombo évolue sur ce chemin avec une détermination qui force le respect. Aussi, les éditeurs qui lui ont fait confiance sont des preuves probablement plus crédibles que la plus belle des flatteries, fut-elle prononcée par éminents critiques littéraires.

Son dernier projet de roman prend une fois encore la ville comme toile de fond. Non pas une ville fantôme cette fois, mais plutôt une ville tentaculaire, souterraine, à fuir pour un ailleurs inconnu. Même si elle emprunte souvent des chemins détournés pour atteindre son objectif, la jeune lauréate du salon Livr’Avril de Auch sait de quoi elle parle. Une question  se pose, malgré tout : coïncidences ou entreprise de démystification ? Cécilia Colombo aurait-elle décidé de réhabiliter « louvoyer », dont la connotation est trop souvent négative ? On ne saurait le dire, mais, d’un auteur publié par La Louve, on n’en attendait pas moins.

Rachel Corenblit

Rachel Corenblit

Rachel Corenblit

Depuis ses débuts dans l’écriture jeunesse, Rachel Corenblit n’a de cesse d’aborder les sujets qui fâchent, les histoires délicates à traiter. Ces thématiques, fugue, violences familiales, divorce, souvent regroupées dans ce genre fourre-tout qu’on appelle les romans miroirs, Rachel Corenblit les développe toujours avec la même énergie, se refusant à toute pudeur, au risque de parfois choquer. Les nombreux pays qui l’ont accueillie (Israël, Canada, France…) ont sûrement joué un rôle déterminant dans l’émergence progressive mais constante de cette liberté de ton. Il n’est pas aisé, quand on est adulte, de poser un regard averti sur les jeunes : Rachel Corenblit a pris le parti d’adopter leur langage et leurs codes.

Dans son dernier projet d’écriture, elle envisage de traiter de la question du viol. On peut y voir l’occasion d’interroger les mystères de ce no man’s land, situé entre l’enfance et l’âge adulte. Elle continue donc inlassablement de sonder cette période troublée sur laquelle nous avons mis, faute de mieux, le nom d’adolescence, mais qui reste toujours aussi insaisissable. Rachel Corenblit l’a compris et refuse d’apporter des réponses toutes faites à ces jeunes qui revendiquent le droit à l’expérience.

Roxane Duru

Roxane Duru

Roxane Duru

Le premier roman de Roxane Duru s’intitule Petits Pains au chocolat. Derrière ce titre à première vue anodin, se cache une petite révolution formelle : construire un roman autour de la forme du blog était un pari risqué. Mais cette Toulousaine  de naissance a réussi à prendre le lecteur à contre-pied. Pour les réfractaires à la technologie, précisons que le blog s’apparente à un carnet ou à un journal personnel mis en ligne, qui permet à l’internaute de publier avec plus ou moins de régularité des billets (« posts » dans le langage de l’internaute), dont la thématique peut varier à l’envie : humeur du jour, derniers achats, actualité internationale, etc. Un genre qui, autant le dire tout de suite, n’attire pas que des plumes confirmées, loin s’en faut.

Malgré cet obstacle initial, cette ancienne de l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse nous livre ici un échantillon d’une oeuvre qui s’annonce très prometteuse. En s’attaquant d’une manière assez malicieuse à cette quasi figure imposée qu’est le blog sur laquelle des auteurs confirmés n’ont pas réussi à convaincre, Roxane Duru contourne le problème pour mieux le cerner, en montrer les limites, puis le dépasser. Car les quelques nouvelles qu’elle a déjà publiées dans la revue Bordel prouvent qu’elle refuse de se laisser enfermer dans ce qui pourrait devenir, plus qu’un genre, un marronnier littéraire. Confirmation d’un talent à plusieurs facettes, le C.R.L. lui a accordé une aide sur un projet à la tonalité tout autre. Intime et grave, ce texte intitulé Les Antécédents puise ses sources dans les blessures familiales et la psychogénéalogie.

Abraham Elishama

Abraham Elishama

Abraham Elishama

Il est rarement utile d’accorder trop d’importance aux anecdotes qui ponctuent le parcours d’un auteur. Pour autant, il serait absurde de passer sous silence un épisode quasi mystique de la vie d’Abraham Elishama, lorsqu’au détour d’une rue, surpris par la pluie, il a trouvé refuge dans une synagogue. Ce caprice du hasard déclenche une longue quête spirituelle, marquée par sa conversion au judaïsme. C’est cette expérience qui est au centre de son nouveau projet d’écriture. L’autobiographie n’est certes pas la bonne clé de lecture pour cette aventure qui touche au sacré, comme ressource et comme questionnement.

Chez Abraham Elisahma, on touche davantage à l’autofiction. « Confier le langage d’une aventure à l’aventure du langage » : rien n’est plus juste que le mot de Serge Doubrovsky pour qualifier son entreprise, à laquelle la connaissance approfondie de l’hébreu donne toute sa complexité.

Aude Poirot

Aude Poirot

Aude Poirot

Quand on s’intéresse aux albums jeunesse, on peut vite être tenté de ranger les illustrateurs dans deux catégories : ceux qui ont choisi de conserver une approche classique du dessin, et qui ne s’en éloignent pas, et ceux qui recherchent l’expérimentation graphique, qui relèvent le défi des nouvelles technologies mises à leur disposition.

Cette classification, peut-être un peu factice, Aude Poirot a décidé de la faire voler en éclat. Refusant le cloisonnement des disciplines, elle tisse des liens avec la chanson (La Chauve souris , inspirée de l’univers riche en images de Thomas Fersen), le cirque (réalisation d’affiches) ou encore les mythes de l’antiquité et son théâtre tragique, pour son prochain projet. Mieux encore, Aude Poirot conçoit son parcours comme un cheminement, une quête artistique même, où il s’agit d’abandonner ses habitudes stylistiques au risque de désarçonner le lecteur. Car Aude Poirot aime le renouvellement, la difficulté, l’expérimentation. Son dernier projet insiste sur le rôle du lecteur dans l’influence de l’histoire qu’elle propose. En faisant appel à son imagination, elle prend le parti de laisser libre cours à l’imagination, refusant le concept d’une histoire toute faite : Aude Poirot veut stimuler le lecteur, elle lui montre le point de départ, à lui de choisir les mille et un chemins de l’imagination.

Pour mener à bien cet ambitieux projet, les influences ne manquent pas : Jean-Luc Godard, dont le film Hélas pour moi l’a beaucoup marquée, fait partie des références revendiquées. Michaux est présent lui aussi, même s’il correspond davantage à la démarche générale de la jeune auteure et illustratrice. Cette recherche de complémentarité entre fond et forme lui vient des différentes formations dont elle est issue, le graphisme et la communication visuelle, à quoi s’ajoute une curiosité qui refuse l’exclusion. Aussi ce poids de la technique n’est-il jamais écrasant car l’illustratrice, qui est deveneue depuis Trois poils sur le caillou auteur illustrateur, sait s’emparer de tous les outils pour les faire vivre. On est bien loin de la pure recherche stylistique, trop souvent stérile ou narcissique. Aude Poirot travaille principalement dans le domaine de la jeunesse, et ce n’est pas un hasard si ses livres transmettent toute l’énergie et l’humanisme de la jeune génération

Francis Pornon

Pornon Francis

Pornon Francis

Francis Pornon, n’est pas de ces auteurs qui s’isolent dans leur tour d’ivoire. Refusant de se cantonner à la figure de l’écrivain déraciné, il recherche dans l’écriture ce qu’il a poursuivi toute sa vie, de voyages en voyages : l’émerveillement au contact de l’autre. Francis Pornon provoque la rencontre impromptue, se confronte au réel. Pour son dernier projet, il convoque la fiction pour revenir sur l’un des moments forts de sa vie, l’Algérie, laissant de côté la forme purement autobiographique.

Né dans la métropole, mais écrivain avant tout, il ne connaît que trop bien la complexité de cette terre pour chercher à régler ses comptes avec la France au détour d’une ligne, d’un bon mot ou d’un énième saillie verbale. Loin des polémiques, il est guidé par une démarche de compréhension. Une rencontre intime entre le jeune écrivain curieux des débuts et l’homme aguerri d’aujourd’hui, où le témoignage vient croiser le roman pour apporter ce qui fait quelque fois défaut au récit de voyage – la dimension imaginaire et la parabole, qui transcendent le réel.

Francis Pornon © Nicolas Rincon

Alexandre Tylski

ALEXANDRE TYLSKI

ALEXANDRE TYLSKI

Alexandre Tylski n’est pas exactement cinéaste, mais il serait faux de le présenter comme un simple universitaire cinéphile. Ce spécialiste de Roman Polanski, inclassable et hyperactif, enchaîne les colloques, conférences et projections, avec une énergie jamais démentie. Ses collaborations multiples, à Positif, notamment, ne l’empêche pas de proposer des essais dont les angles d’approche se veulent novateurs, sur des sujets peu ou mal abordés. Pour preuve, son ouvrage sur les génériques de cinéma, dont la parution prochaine devrait confirmer qu’il sait montrer la richesse des oeuvres cinématographiques sans tomber dans les travers de la vulgarisation.

Loin d’une critique parisienne er élitaire qui caractérise parfois certaines revues de cinéma, Alexandre Tylski joue avec les mots sans jamais mener le lecteur en bateau. Il est aidé par le C.R.L pour une étude sur le film culte Rosemary’s baby, sorti en 1968 par le réalisateur du Pianiste. L’occasion pour lui de revenir sur le parcours de l’étrange monstre que Polanski a mis au monde, et dont les tentacules n’ont cessé de se déployer dans l’ensemble de l’univers cinématographique.

Textes écrits en 2009.

Haut de page