Auteurs lauréats 2016

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virginie

Les auteurs lauréats 2016 sont : Adèle de Boucherville (document sur Claude Ponti), Cyril Estivalet (théâtre), Hélène Harry (traduction / sciences humaines – langue : portugais), Silvia López Cabaco (pensées poétiques illustrées), Muriel Morelli (traduction / poésie – langue : italien), Romain Nicolas (théâtre), Gilles Peltier (bande dessinée), Marc Sastre (poésie), Jules Stromboni (bande dessinée), Ana Tot (poésie), Sophie Vissière (album jeunesse).

Adèle de Boucherville

Adèle de Boucherville

Adèle de Boucherville© DR

Adèle de Boucherville Baissac et de Rodez, a grandi à l’île Maurice. Quand elle nous parle c’est une grande douceur, un petit accent mâtiné de créole roule sur ses mots et c’est tout à fait plaisant à entendre.

Avant d’être de Rodez, elle était Adèle de Boucherville Baissac et de Nantes, mais on l’appelait simplement Adèle de Nantes car c’était plus doux à l’oreille.
C’est dans cette ville qu’Adèle est arrivée depuis son île Maurice, pour étudier la littérature et devenir femme de lettres. Et c’est à Nantes qu’elle a fait ses premières armes en édition pour le compte des éditions MeMo où elle a beaucoup appris sur le métier du livre en général et sur la littérature jeunesse en particulier.

Dans les bureaux de cet éditeur elle fera un jour la connaissance d’Olivier Douzou de Rodez, un des auteurs les plus illustres de la littérature jeunesse, de passage à Nantes pour la signature de quelques contrats. L’oreille aiguisée par l’accent chantant du beau Ruthénois, et, partageant avec lui le même amour des livres, des images et des mots, ils feront route ensemble jusqu’à l’ancienne capitale du Rouergue et non moins préfecture de l’Aveyron.

Depuis lors, Adèle de Boucherville Baissac et de l’île Maurice, devenue Adèle de Nantes, est désormais Adèle de Boucherville Baissac et de Rodez.
Elle est aujourd’hui maman d’une jolie petite fille à l’accent chantant et vit entourée de livres et d’une grande famille, sur les hauteurs de la ville.
Poursuivant son ascension elle est aussi devenue Professeur de lettres et auteur… baignée de littérature, de mots et d’images pour accomplir son œuvre patiemment.

ce n’est pas qu’elle soit butée,
non, mais elle fait preuve d’une grande détermination
tout comme je ne dirais pas qu’elle est têtue,
mais plutôt qu’elle est persévérante.
(citation inconnue)

Frédérique Bertrand, auteure et illustratrice

Projet soutenu : La Fabrique de Claude Ponti, L’Atelier du Poisson soluble, novembre 2016

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Cyril Estivalet

Cyril Estivalet © DR

Cyril Estivalet © DR

[…] Jack le moine est un chansonnier, un artisan de langue outragée et déchirée. Un fondateur d’horreur et de chant renversé. Sa poésie, c’est-à-dire la relation particulière qu’il entretient entre sa vie et sa langue, est une pioche pionnière de nos terres enfouies.
[..]  Il aime la rime, qu’il réinvente et croise avec ses mains féminines de maçon, car elle fait venir la jouissance du vers et la pulsion qui le traverse.

Slameur, il l’est, il le fut, une fois, plusieurs fois, toujours, mais à part, éternellement et jamais. Mais dans ce monde de rimailleurs, il a le talent de rimer ailleurs, de réinsuffler dans la rime pauvre du SLAM, la tradition riche de la poésie rimée française.

[…] Jack le moine désire la rime, la consonance, l’homonymie, l’unisson, l’homophonie, la rime féminine, masculine, la pauvre et la riche et même la rime tiercée. C’est un cheval de l’allitération. Comme tout poète populaire, il est aussi un poète savant.

La culture de Jack le moine vient de deux mondes : celui de la poésie qu’il possède à travers la chanson poétique et les jeux du langage, et celle de la langue de sa société argotique et verlanique.

[...] Témoin et acteur de ce qu’on appelle les marges de la société, il prend la poésie comme un harpon.

[...] Provocateur et querelleur, il clame, beugle et brame que s’il était riche, il aurait un harem. Chez lui, tout a plusieurs niveaux de sens. Il se moque, bafoue, raille et ridiculise, tourne en dérision, persifle et satirise.

[...] Sa poésie délinquante, délictueuse et punissable, cache la tendresse d’un bordélique, d’un « border ligne », car Jack le moine déborde toujours de la ligne et de son vers, qu’il maîtrise majestueusement […].

Extrait de la préface de Serge Pey, in Larmes de Slam, Jack le Moine (Cyril Estivalet), 3 Sup Editions, novembre 2013

Projet soutenu : écriture d’une pièce de théâtre intitulée Les Méprisables

> Présentation en vidéo de Larmes de slam par Cyril Estivalet

Hélène Harry

Photo_Hélène_Harry

Hélène Harry © DR

On dit « libre comme l’air ».
Hélène est née un 29 mai. L’air est son élément.
Qu’est-ce qu’une femme libre ?

Il y a des mondains, il y a des anachorètes. Très rares sont celles et ceux qui cultivent la sociabilité tout en frayant une voie propre et privilégient les liens du cœur aux intérêts.
Parlant, lisant, écrivant, traduisant plus d’une langue, Hélène est une femme traversière. Elle passe les frontières géographiques et linguistiques, explore les littératures d’ici et d’ailleurs. A pied, à vélo, en train, en avion, elle fend les airs.
Écrivaine « volante » comme les feuillets qu’on n’attache ni ne décompte, Hélène a la parole généreuse. Au téléphone ou sur le seuil de la porte, elle s’annonce en un flot de mots joyeux et chauds. Épistolière, elle soigne ses récits, donnant au quotidien éparpillé le temps de l’écrit et l’abri de l’amitié. Elle préfère au mail l’encre et le papier. Hélène a la parole incarnée.

Titulaire d’une licence de russe (Université Toulouse-Jean Jaurès), d’un master d’histoire (Rennes 2 et Córdoba-Argentina) et d’un master de traduction littéraire (Paris 8), elle s’applique à diffuser la littérature et les sciences humaines ibéro-américaines auxquelles elle prête sa voix sensuelle et enjouée. Après avoir résidé en France, en Russie, en Bolivie, en Argentine, elle partage en ce moment sa vie entre deux villes solaires, Toulouse et Lisbonne.
« Hélène », en grec, c’est l’éclat du soleil. Traduire, pour elle, en toute logique, signifie faire rayonner.

Anaïs Frantz, universitaire

Projet soutenu : traduction de Histoire du peuple dans la révolution portugaise. 1974-1975, de Raquel Varela, à paraître en octobre 2017 aux Editions Agone

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Silvia López Cabaco

Silvia Lopez Cabaco © DR

Silvia Lopez Cabaco © DR

Dès le début Silvia a eu besoin d’encre pour s´exprimer. Sa voix nous rapproche de son univers, mais sans aucun doute, c’est la mer de pensées et d’images révélée sur le papier qui nous y fait plonger. Sa sensibilité rend possible ce qui est presque contradictoire, on peut accéder à cet univers de près ou de loin, à rythme rapide ou à rythme lent.

Sa nécessité d’exprimer au-delà de la voix, sa capacité créatrice, sa formation aux Beaux Arts, sa recherche, son regard envers elle-même et le monde, peuvent être contemplés et ressentis dans son œuvre. Silvia émeut, et c’est peut-être la raison pour laquelle une fois que l’on tombe sur ses créations, on y découvre un lieu de repos et un temps pour grandir.

Silvia nous raconte des histoires et dans le même temps elle invite à ce que nous le fassions nous mêmes. Car à l’intérieur de son œuvre il y a de la force qui naît de sa générosité, qui nous capture, nous accompagne, et qui nous rend acteurs d’un temps et d’un endroit qu’elle nous offre.

Rebeca Arquero, psychologue, Espagne

Projet soutenu : écriture d’un recueil de pensées poétiques illustrées

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Muriel Morelli

Muriel Morelli © DR

Muriel Morelli © DR

Enfant, Muriel Morelli rêve d’être jockey. Mais elle ne tournera pas en rond, ni sur la piste, d’ailleurs ovale, d’un hippodrome, ni dans la vie : c’est sur un âne, offert par des parents peu disposés à encourager la vocation hippique de leur fille, qu’elle découvrira la liberté de battre la campagne ariégeoise et celle de braver l’esprit de compétition. Décidée à ne plus demander la permission, elle file à Toulouse faire des études de Lettres et ne passera jamais le permis de conduire.

À trop visiter l’Italie, elle récupère l’héritage linguistique que son père, d’origine transalpine, n’a pas daigné lui transmettre ; elle apprend à dire « âne » en italien, et « liberté », et « peintres primitifs » (qui la fascinent) et finit même en 1997 par rejoindre la ville du nonno. Roma. Elle y vit, y donne la vie et traduit : des documents sur les chariots élévateurs, des scenarii pour la RAI, des articles pour le Saint-Siège.

De retour à Toulouse en 2003, Muriel poursuit son activité de tradittrice dans les domaines de l’art et du voyage, mais la littérature la rattrape au galop : elle traduit, entre autres, Andrea D’Urso (Occident Express, Le Grand os) avant de découvrir la langue folle et jubilatoire des romans de Luigi Di Ruscio : La Neige Noire d’Oslo, Palmiro et Christs pulvérisés (Anacharsis).

C’est pour se consacrer à la poésie de cet auteur qu’elle obtient la bourse du CRL, grâce à quoi elle pourra enfin acquérir un cheval. Pour le nourrir et pour ne pas perdre la main en amour (nessuno è perfetto) elle continuera à traduire des romans-photos.

Aurelio Diaz Ronda, écrivain, traducteur, éditeur (Le Grand os)

Projet soutenu : traduction de plusieurs poèmes de Luigi Di Ruscio

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Romain Nicolas

Romain Nicolas © Pauline Terras

Romain Nicolas © Pauline Terras

Romain Nicolas est né en 1991. Après des études de lettres, il a effectué trois années d’étude et d’expérimentation au sein du département des Écrivains dramaturges de l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre), au cours desquelles les écrivains et artistes de théâtre qui enseignent dans cette école ont pu apprécier son exceptionnel potentiel dramatique, ainsi que l’énergie singulière qu’il déploie à l’endroit des arts de la scène.

Pour caractériser d’une formule son positionnement esthétique, Romain Nicolas pourrait se revendiquer comme arrière-petit neveu d’Alfred Jarry et fils putatif de Werner Schwab. Copi et Topor se sont manifestement penchés sur son berceau. Cami et les Marx Brothers pourraient bien compter au nombre de ses anges tutélaires…

La chose est assez rare pour être soulignée : il s’agit d’un des rares jeunes auteurs de la scène francophone contemporaine à s’intéresser à la farce, au burlesque, à la représentation folle d’un monde frappé de folie. Ce registre est en effet un peu délaissé aujourd’hui, en dépit de sa capacité à rendre compte de la « crise » contemporaine.

Il n’a par ailleurs rien d’aisé… Pour avoir passé de nombreuses heures à accompagner Romain Nicolas dans sa réflexion de dramaturge, j’ai pu prendre la mesure de ses arrière-pensées philosophiques et politiques, ainsi que de sa formidable inventivité langagière.

Le théâtre de pitres de ce sniper dramatique ne fait certes pas dans la dentelle, mais il a l’excellent mérite de ramener l’esprit de sérieux qui nous habite à la cour de récréation qui l’a vu naître.

Enzo Cormann, écrivain, dramaturge

Projet soutenu : écriture d’une pièce de théâtre

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Gilles Peltier alias Pipocolor

Gilles Peltier

Gilles Peltier © DR

Puisque je dois parler de Gilles, alias Pipocolor, je fouille et me remémore un des premiers souvenirs que j’ai de lui, il y a quelques années… Le temps d’une soirée, organisée à la suite du Festival Indélébile 2012, les membres du Collectif avaient rebaptisé le festival « IndéléGilles » et portaient tous des masques sur lesquels son visage était imprimé.

Alors toute nouvelle dans le collectif, je restai sceptique devant ce comportement presque hystérique qui s’apparentait pour moi à un incompréhensible culte de la personnalité. Je me questionnai sur ce que cachait cet air bonhomme rempli de tâches de rousseur.

Peu à peu je compris que le bonhomme était un meneur, capable de rassembler tous les enthousiasmes autour d’une soirée Loto « en soutien à la narration graphique » ou d’une exposition collective sur le thème de la banane.

Toujours craintive face aux phénomènes de groupe, je pris mon temps pour découvrir, petit à petit, la complexité du personnage, partageant régulièrement avec lui les hauts et les bas de nos vies d’auteurs, souvent solitaires, parfois sans-le-sou, toujours en proie au doute.

Gilles est un travailleur acharné qui arrive à accomplir à la fois son laborieux travail d’auteur, des projets collectifs riches et prenants, des boulots alimentaires quand il le faut, et dans cette énergie il emporte avec lui ses amis et collègues dessinateurs avec prestance et naturel. Il s’investit jusqu’à l’épuisement et garde le sourire.

Son travail est à son image : riche, foisonnant, curieux, référencé, bavard. Gilles interroge les clichés à coups de stéréotypes kitschs et de blagues potaches. Il explore la satyre politique et sociale, déjoue la bien-pensance, s’amuse de l’auto-fiction… Et, juste derrière, il y a, ouille, l’amertume…

Delphine Panique, auteur-illustratrice (bande dessinée)

Projet soutenu : écriture d’une bande dessinée intitulée Geste

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Marc Sastre

Marc Sastre © DR

Marc Sastre © Sacha Sastre

Marc Sastre est poète – l’homme, la petite cinquantaine, endosse le mot en dépit des lieux communs et des moqueries dont on le pare trop souvent – et vient d’un monde, ouvrier, que l’on décrit plus souvent qu’il ne se raconte ; il ne semble en tirer toutefois nul orgueil : crainte d’être assigné, enfermé, réduit à une identité qui lesterait ses pages.

S’il peint le travail d’une plume rare (sobre sans être sèche, palpitante sans toucher au lyrisme – un désert qui saurait la pluie, peut-être), il dit aussi, ici, la langue à l’œuvre et « les enfants que l’on casse pour en faire des hommes », il dit encore, là, les corps aimants étendus pour « sacrifier la nuit » et la vie, brève, par trop ébréchée, d’un rocker américain hirsute répondant au nom de Jeffrey Lee Pierce.

Il y a ses carnets, qu’il griffonne en extérieur, et sa table de chevet : on ne s’étonnera pas d’y trouver Camus et Nietzsche – l’humble révolte collective de l’un tenant la main à l’élan solitaire de l’autre. « La poésie n’est pas une statue, c’est une barricade », confie-t-il, sans colère apparente. On ne sait jamais vraiment si ce retranchement improvisé, fait de bric et de broc au détour d’une rue agitée, permet de se défendre ou d’attaquer : les deux, sans doute, et cette ambivalence révèle ce qu’est l’écriture pour Sastre, une bête à deux têtes, « désespoir et création ».

Poète, nous l’avons dit, et musicien : nous serions tentés de n’y voir qu’un. « L’homme percé », son groupe, est aussi le titre de l’un de ses livres : riffs électriques tendus comme ses vers sur le blanc du papier.

Max Leroy, revue Ballast

Projet soutenu : écriture d’un recueil de poésie

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Jules Stromboni

Jules Stromboni © DR

Jules Stromboni © DR

De Jules il me semble qu’il aime se perdre à peu près partout sauf dans l’excès de mots.

Non qu’il cultive le goût du mystère –je crois que chez lui si tout paraît secret rien n’est pourtant véritablement caché– mais plutôt qu’il fait partie de ces gens à l’extrême pudeur qui n’osent se révéler pleinement que dans le geste.

Le goût du silence comme appui solide d’un travail manuel plein de curiosité(s), ambitieux, acharné et d’une grande intelligence intuitive ; parfois laborieux, obsessionnel, râleur et découragé mais toujours intègre, brut, résolu.
De gestes uniques en gestes mille fois répétés, apprendre sans que jamais rien de ce qu’il aura appris reste figé.

Je trouve à Jules une virtuosité certaine à se laisser surprendre par les choses et les gens plutôt que d’essayer de les saisir ou se les approprier et je pense à ses livres comme je pense à lui, le tumulte derrière la grande application, une masse de traits emportés et quelques mots soigneusement choisis, des pages habitées que l’on a envie d’éprouver plus que de clairement comprendre. Des pages qui nous transmettent un peu de cette virtuosité, et de son plaisir à cheminer sans imaginer l’arrivée.

On y redécouvre aussi la beauté de la lenteur, de la rareté, du silence, du travail, de l’audace obstinée, de la difficulté surmontée.

Pour le seul tracé d’un bâton, il existe paraît-il dans l’écriture au moins huit milliards cinq cent quarante neuf millions de variétés; autant d’occasions d’expérimenter de nouveaux gestes.

Amélie Marchandot

Projet soutenu : dessin d’une bande dessinée intitulée Variations Shakespeare (en collab. avec la scénariste Astrid Defrance)

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Ana Tot

Ana Tot © Alan Moïse Arbib

Ana Tot © Alan Moïse Arbib

Ana Tot est née le 28 août 1966 à Madrid (Espagne). Très tôt initiée à diverses doctrines hermétiques (ses parents sont plus ou moins versés dans l’alchimie), elle part à vingt ans parcourir l’Europe (Bucarest, Prague, etc.) et notamment la France. Elle vit en Haute-Savoie, à Marseille où elle rencontre Christophe Tarkos.

Elle travaille dilettantement dans l’entourage de divers artistes de la scène contemporaine et du spectacle vivant. En 1992, elle fonde un mouvement littéraire, le Tournevisme qui se concrétise par la publication de la revue Hélice qu’elle rédige presque seule sous divers pseudonymes (trois numéros jusqu’en 1994).

Elle est installée depuis 1998 à Toulouse où elle œuvre au sein d’une troupe de danse-théâtre. Elle entreprend la rédaction d’un vaste traité « organo-mécanique ». Le premier volet (organo) est publié en 2009 sous le titre Traités et vanités par les éditions Le Grand os. Le deuxième, méca, en 2016 par les éditions le Cadran ligné. Le troisième, en cours d’écriture, s’intitule Crève l’écran. Il exprime le versant spectaculaire, théâtral, burlesque, de sa personnalité complexe. Son univers mental est ainsi tiraillé entre diverses influences : un goût pour l’ésotérisme et l’héraclitéisme (Traités et Vanités), une tendance au littéralisme (méca, qui met à plat et bat à plate couture la langue et la psychologie), une propension à la chanson, à l’idiotie, aux rythmes naïfs (Crève l’écran). Ces trois pentes n’ont pas fini d’épuiser Ana Tot et elle n’a pas non plus fini de remonter ses pentes.

Laurent Albarracin, éditeur, Le Cadran ligné

Projet soutenu : écriture d’un recueil de poésie intitulé Crève l’écran

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Sophie Vissière

Sophie Vissière - autoportrait

Sophie Vissière – autoportrait

Sophie Vissière dessine, et beaucoup, et avec passion. L’illustratrice graphiste toulousaine née en 1986, a été formée en arts appliqués à Toulouse, avant de parfaire sa formation de l’autre côté des Pyrénées. Elle expérimente aujourd’hui encore dans sa pratique quotidienne du dessin, le plaisir émancipateur de l’image – pour reprendre le titre de l’un de ses travaux théoriques.

Des images, elle en construit, elle en assemble dans l’objet livre qu’elle envisage comme un tout. Car si elle est particulièrement sensible à l’illustration, elle tente toujours d’atteindre dans son travail d’artiste cette alchimie entre forme et fond. Son album leporello Mensonges auto-édité en 2013 nous montre cela : l’image qui nous surprend, nous émeut se modifie par le jeu habile de cadres qu’induit la forme du livre. Dans cette courte histoire sans texte, l’image devient ainsi un (men)songe.

Sophie cherche, creuse, met en œuvre selon les projets, différentes techniques : d’illustration, gouache, pochoir, crayons ; de composition, sur papier, à l’ordinateur… chaque album imposant en quelque sorte son vocabulaire propre.

Les premières collaborations de l’illustratrice pour l’édition courante ont concerné le genre du conte illustré. Elle a travaillé pour Letras d’Òc, une maison qui jusqu’alors n’avait pas ciblé le public jeunesse dans son catalogue. L’illustratrice a en effet été baignée enfant, de culture occitane et sa première production, un conte déjà, Las tres pomas d’irange, avait naturellement attiré l’œil de l’éditeur occitan. Il a par la suite publié trois albums de l’illustratrice, dont un Petit Chaperon rouge revisité de ses images naïves et colorées.

Sophie Vissière ne se cantonne cependant ni à un genre, ni à ce seul idiome. Son univers graphique, nourri d’auteurs aussi divers que Bruno Munari, Iela Mari, Blexbolex… affirme son identité propre. Nul doute que les lecteurs, qu’ils soient grands ou petits, seront sensibles à sa langue de l’image, langue qu’elle enrichit patiemment au fil de ses albums.

Muriele Modély, bibliothécaire

Projet soutenu : écriture et illustration d’un album pour la jeunesse Le Jardin d’Elena, à paraître aux éditions Hélium.

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