Lauréats des bourses numériques

Publié le par
virginie

Découvrez les portraits des lauréats de ce dispositif de bourse de création numérique mis en place en 2015 grâce au Contrat de filière livre et désormais ouvert à l’ensemble de la région Occitanie.

Lauréates 2016

Les lauréates sont Gaëlle Sandré et Sarah Turquety ont été retenues pour leur projet Pourtours.fr

“Pourtours”, carnet poétique virtuel

Une grande feuille blanche sur la toile, immensité sobre, reposante ; à la loupe ou à la flèche, on fait surgir, un à un, des poèmes à la typographie soignée, de tailles diverses, suspendus ici et là dans ce carnet de notes intimiste et méditatif en trois dimensions. Nous sommes sur “Pourtours”, le site d’exploration poétique créé en juin 2017 par Sarah Turquety, auteure, et Gaëlle Sandré, graphiste. Entretien.

Formellement, on sent une proximité avec la belle ouvrage du monde de la typographie ou de l’imprimerie. Quel rapport entretient ce support numérique avec l’objet livre ?

Gaëlle Sandré : Nous sommes toutes deux issues du monde de l’imprimé et attachées au livre dans sa matérialité, ses codes, ses contraintes, ses finesses. L’espace-temps et la navigation non-linéaire du web, qui viennent rompre avec les habitudes de lecture des œuvres imprimées, sont de nouveaux champs d’exploration pour nous. Les paramètres techniques ne sont plus tangibles, mais permettent tout autant d’apporter du sens au contenu. Ici l’enjeu, et le jeu, étaient donc de jouer avec les contraintes du web, tout en restant lié au monde du livre. “Pourtours” étant uniquement textuel, il est tenu formellement par la composition typographique. Laisser au texte le soin de faire image, par et pour lui-même. Proposer une composition graphique, mais laisser à l’écran et au lecteur le travail de cadrage.

Capture_Pourtours.frQuand on se promène sur “Pourtours”, on a au contraire l’impression d’un espace sans bordure et totalement ouvert, dont « le centre est partout et la circonférence nulle part », pour citer Pascal. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

GS : Cette carte permet en effet l’illusion d’une navigation sur trois dimensions, horizontale, verticale, en profondeur. Cette illusion est produite par les différents corps de texte et la sensation de «plongée» dans le texte que provoquent les zooms avant et arrière. L’espace de navigation est circulaire, donnant une impression d’infini, là où pourtant il y a répétition de motifs.

Sarah Turquety : Pour autant, la notion de centre n’a pas disparu. Le premier cadre est l’écran, et le centre de l’écran devient le centre de l’image. Cela ordonne la composition graphique. Son contenu est provisoire, change au fil des expériences de navigation. Lorsque l’on s’accorde sur le fait que la notion de centre dépend de l’endroit d’où l’on regarde, alors la notion de périphérie se transforme elle aussi, non plus fixe mais relative. Ce qui semble disparu sont les repères de lecture du livre, une certaine forme d’organisation logique du texte. Pourtant les différentes couleurs des textes, les tailles de typographie, les pictogrammes, autant d’indices visuels sont là pour indiquer une certaine structuration textuelle et rendre les propositions d’écriture apparentes.

Carnet de notes, journal de bord, Pourtours est un espace très intimiste, presque un espace mental… Pourrait-il s’écrire à plusieurs ?

ST : Aujourd’hui je n’envisage pas l’irruption dans les textes de “Pourtours” d’une autre écriture que la mienne. Pourquoi ? Mener au plus loin le chemin entamé, sans dispersion. Par contre le dispositif du site pourrait être utilisé lors d’ateliers d’écriture par exemple : cette même interface vierge de tout contenu pourrait devenir un terrain de jeu littéraire collaboratif.

Propos recueillis par Celia Izoard, journaliste.

> Site de Gaëlle Sandré
> Site de Sarah Turquety

Lauréats 2015

Thierry Colombié

T; Colombié © DR

T; Colombié © DR

C’est l’homme le plus curieux du monde que je connaisse.

C’est l’homme qui saurait faire parler Bernardo, l’ombre de Zorro.

Né dans un tout petit village du Tarn-et-Garonne, il est à l’aise partout sur la terre. Fou de voyages, avide de rencontres et de découvertes, il n’aime rien tant que partir à l’improviste, arpenter les villes, les plages, les paysages, sans savoir à l’avance ce qu’il va découvrir. Il observe puis part à la rencontre des gens.

Tellement curieux de comprendre, il sait pousser les plus taiseux dans leurs retranchements pour qu’ils lui livrent leurs secrets. Tellement soucieux de comprendre pour transmettre, il décortique, déconstruit, met en relation pour donner du sens, cisèle ses phrases, trouve la meilleure comparaison possible, et met en lumière ce qui se passe en coulisses. À la parole brute de Bernardo, qui a du mal à se faire entendre, il offre un écrin stimulant pour la pensée et des images évidentes de la réalité du monde. De ses origines terreuses, Thierry Colombié conserve le désir de rendre les paroles et les pensées les plus concrètes possible. Il conserve l’envie de bousculer l’ordre par l’échange : échange de paroles, d’informations. Son socle ? La confiance. Garder confiance, donner confiance, rendre confiance.  Son domaine ? Il laboure les terrains les plus boueux de la société : l’argent sale, la corruption, la voyoucratie, la drogue, les financements douteux, même ceux qui servent aux terrains verts qu’il adore fouler, ceux du sport.  Bien plus qu’un lanceur d’alerte, Thierry Colombié accompagne celui qui veut bien s’embarquer avec lui pour une conscientisation du monde et de ses acteurs. Un Zorro des temps modernes.

Bénédicte Debèse, directrice littéraire – Apprentissage, Éditions Milan

> Sa fiche sur le site du CRL
> Son site

Claire Dutrait

C. Dutrait © GD

C. Dutrait © GD

Elle arrive, Claire. À pas de rhizome, de fraisier en pousse. D’abord d’année en année, puis de mois en mois et de semaine en semaine, elle s’est approchée de la création artistique – ou est-ce la création qui est venue vers elle ? On ne sait, tant il semble y avoir une évidence de l’une à l’autre. C’est comme une rencontre amoureuse au ralenti qu’on a vu se réaliser avec le temps : le récit, la poésie, le chant, la performance, le lien avec d’autres créateurs, le passage et la fabrique de relais – la priorité pour l’essentiel enfin conquise, protégée et explorée.

Claire se promène, expérimente et travaille. Elle regarde le monde depuis ses périphéries, elle se tient sur les limites et les frontières, elle a raison de se méfier des centres. Elle déniche de l’histoire – des histoires ! – dans l’espace, et de la géographie – des lieux ! – dans le temps. On la perd à Shanghai et on la retrouve à Istanbul, on la guette à Buenos Aires et elle réapparaît à la Nouvelle Orléans, on la croit à Toulouse et elle parcourt Marseille, on la pense partout et elle est ailleurs. Des images, des sons, des textes naissent de ces mouvements de l’âme – et elle tisse sa toile.

Claire a cofondé le collectif Urbain trop urbain, apportant sa sensibilité littéraire à l’exploration artistique de l’homme dans la ville, et de la ville dans l’homme. L’écriture numérique est alors l’expression de cette recherche en réseau. Elle écrit aussi dans une démarche individuelle, à l’ancienne devrait-on dire désormais, seule face au blanc, vraiment muet ; et elle sait le faire parler : textes poétiques, récits, témoignages, impressions. Elle a intitulé son nouveau projet « Eurydice aujourd’hui », un titre évident, une frontière nouvelle à définir, une palpation nouvelle de ses rhizomes. Elle arrive, Claire – en chantant.

Benjamin Pelletier, écrivain

> Sa fiche sur le site du CRL
> Son site
> Le site Urbain trop urbain

Haut de page